Ce qui devait arriver est arrivé : Instagram a changé son algorithme en faveur de la vidéo

Ceux qui me connaissent m’ont entendu depuis presque dix ans régulièrement pester contre l’aspect hégémonique d’Instagram sur la présentation de photos, et ce qui est en train d’arriver était à mon avis inévitable et prévisible.

Je fais partie de la génération des photoblogueurs, qui était en pleine effervescence juste avant l’apparition du web 2.0 et Flickr, le premier de ces sites, avait facilité l’échange et la connexion entre nous mais pas remplacé nos sites personnels.

Je suis toujours resté nostalgique de la diversité et de la richesse des ces photoblogs, dont la créativité des auteurs s’exprimait à travers la photo mais aussi à travers la nécessaire connaissance des outils de création de sites et de design graphique.

Les problèmes les plus importants d’Instagram pour moi:
• application mobile, pas de post possible depuis un ordinateur jusqu’en 2021 !
• images minuscules en scrolling vertical illisible
• problèmes d’aspect ratio, impossible ou difficile de poster certains formats correctement
• miniatures carrées, qu’on ne peut contourner qu’avec difficulté
• règne des hashtags et de leur manipulation
• algorithmes frustrants & timeline non-chronologique
• bridage destiné à vendre de la pub
• désenchantement du processus de la chronique photo intime
• ambiance de narcissisme global en miroir des célébrités
Instagram a toujours été en premier lieu une application focalisée sur les images mobiles, pas un site de portfolio ou une plateforme de photoblog, il est parfaitement normal qu’elle s’adapte à l’évolution rendue notamment possible par les progrès en termes de débit qui poussent tout le monde vers la vidéo.

Le problème principal se pose à ceux qui ont fait confiance et confié l’ensemble de leur travail et de leur communication à une très grande entreprise transnationale, qui nous considère comme des produits et pas comme des usagers ou des clients, et qui peut changer ses algorithmes comme bon lui semble sans devoir rendre de compte à qui que ce soit. Espérons qu’on voie à nouveau émerger des formes plus indépendantes de présentation du travail des artistes, et qui aillent dans le sens de leur rémunération et de la préservation de leurs droits, un peu comme Substack le fait aujourd’hui pour ceux qui vivent de leur plume.

Paradoxalement c’est maintenant qu’il est devenu focalisé sur les posts éphémères et la vidéo qu’Instagram me semble plus accueillant et plus léger.
Il faut dire que j’ai toujours eu un pied dans le monde des images fixes et un dans celui des images qui bougent (et un genou dans celui de la musique), donc il est sans doute normal que je me sente plus à l’aise dans l’Instagram de 2022 que dans celui de 2015.

Je suis ici: https://www.instagram.com/alainastruc/